LAURENT

person_male« Moi mon démon intérieur c’est une gars qui a une sale tronche avec un sourire malicieux et qui semble me parler, ou vouloir que je me persuade que mon frère souffre et que je dois souffrir pour lui!!! C’est un genre de plaisir pervers de souffrance en gros.« 

Qui êtes-vous ?

Laurent, j’ai 30 ans.

Comment se compose votre fratrie ?

J’ai un frère cadet (Thomas) qui a 26 ans actuellement.

Quelles étaient les relations entre les membres de votre famille pendant l’enfance ?

C’est pour moi un mystère, j’ai des difficultés à me souvenir de mon enfance. Possible que je me sois forcé d’oublier pour me protéger. Mais je me souviens d’avoir eu une enfance un peu étrange. J’ai ressenti de la solitude, je jouais souvent seul dans ma chambre. on m’a parlé du handicap de mon frère dès le début, j’ai probablement compris sans pour autant l’avoir pris comme une bonne nouvelle!!!

Comment le handicap de votre frère/sœur est-il vécu dans la famille ?

Il semble que ça ait unifié mes parents. Ma mère a toujours été optimiste et positive vis à vis de mon frère. Mon père ce serait plutôt l’inverse. Il en a souffert et a connu un épisode alcool (dont il a su en sortir et je lui tire mon chapeau pour ça) Depuis je vois que mes parents semblent bien le vivre

Quelles relations entreteniez-vous avec votre frère/sœur ayant un handicap pendant l’enfance ?

Je serais assez direct avec ça, mal!!! Pas au début, puisque je me souviens avoir joué avec lui, pendant pas mal d’années. Au ballon ou à des jeux, courir dans le jardin, se baigner, ou écouter de la musique aussi. Je crois qu’adolescent je me suis éloigné de lui volontairement. Etant en souffrance, avec un millier de questions sans réponse, des sensations difficiles à décrire, l’incompréhension sur la maladie de mon frère, et je n’ai été suivis en thérapie que peu de temps, j’en suis sûr. Donc tout est devenu sombre et s’est pervertis dans mon esprit. Et je l’ai donc au final mal vécu et ça m’a détruit progressivement. J’ai continué à parler à mon frère, mais avec un mal être qui a pris racine.

Que représentait pour vous le handicap ?

Une souffrance pour moi. Progressivement ça l’est devenu. J’ai eu la chance de rencontrer mes semblables à un moment donné, dans l’école de mon frère et ça m’a fait du bien. On avait beaucoup de choses en commun et on parlait la même langue au moins. Mais le Handicap était pour moi une vraie saloperie indescriptible, quelque chose d’immonde, de sombre, de nocif, de néfaste, je pourrais vous citer tant de mots pour le décrire combien c’était atroce pour moi. Un truc invisible qui a touché un être humain qui ne méritait pas ça. Cela dit aucun(ne) ne mérite ça à mon sens. Voilà ce que représentait le Handicap pour moi! Et même encore à ce jour, mais j’essaie enfin de combattre cette vision obstinée. Mon frère n’est pas en souffrance, c’est moi qui le suit en fait.

Quelles étaient vos relations avec autrui ? Votre entourage connaissait-il votre frère/sœur portant un handicap ? Si non, pourquoi ?

Variables, bonne dans le sens ou j’étais quelqu’un de sociable, j’avais des copains donc je n’étais pas fermé. Forcément je cherchais des liens, un frère de substitution pour communiquer avec lui etc. J’étais assez mature pour mon âge, par la force des chose je voyais bien que j’étais différent des autres. Que je ne pouvais pas totalement être bien dans ma tête. Je sais pas comment j’ai fais des fois. Mais les gens m’aimaient bien dans l’ensemble. Je savais m’amuser et rire, mais j’étais quand même introvertis. Surtout à l’école!!! Une fois dehors je me sentais mieux et on m’a dit que c’était assez impressionnant de voir ma timidité se dissiper, et que j’avais plus d’aisance à parler aux autres hors de l’école. Je parlais très facilement aux adultes. Et ça s’est amplifié au fil des années. Je suis devenu de plus en plus sérieux avec le temps à me poser encore plus de questions et je perdais mon insouciance. Mes amis savaient pour mon frère. J’ai eu plus de copain que de copine, (ce que j’ai regretté pendant des années). Ils le voyaient en venant chez moi, mais on ne jouaient pas tous ensemble, je laissait mon frère à l’écart. Je ne devais pas assumer sans doute. En tout cas mes souvenirs sont assez flou donc je n’ai pas de certitude quand à l’exactitude totale de ce que je vous raconte. Mais je ne l’ai pas caché au moins.

La présence d’un enfant touché par le handicap dans votre fratrie a-t-elle influencé votre choix professionnel?

Difficile à dire. Je ne savais pas quoi faire plus tard. C’était ma hantise et je détestais qu’on me pose la question. J’ai fait des études de vente. Après j’ai fais un long apprentissage de 4 ans en dépannage électroménager par alternance en Vendée (ce qui m’a fait partir de chez mes parents et donc j’ai été éloigné de mon frère à ce moment précis) Peut-être que la réparation de machine peut avoir un lien avec mon frère, uniquement le côté altruiste de vouloir dépanner les gens, réparer quelque chose (un truc cassé on peut aller loin dans le raisonnement, mon frère avait le cerveau cassé, que j’aurai voulu réparer). C’est la première fois que je fais le liens avec mon apprentissage. Il est bien ce questionnaire^^. Ensuite pas de travail dans le métier donc réorientation professionnelle. Tentative d’être moniteur auto-école et abandon à un mois des examens. Je suis devenu Taxi et j’ai arrêté au bout d’un an et demi environ. On peut chercher les liens il y en a peut-être… Ma dernière espérance professionnelle est de travailler dans la nature avec des animaux. Je tente de devenir apiculteur. Le monde du travail est assez hostile à mon sens. Et peut-être que je devrais combiner avec une autre activités pour vivre car ce n’est pas simple d’être indépendant dans ce métier. Mais en tout cas pour finir, je cherche du sens à ce que je fais en fait.

La présence d’un enfant touché par le handicap dans votre fratrie a-t-elle eu des répercussions sur votre vie amoureuse ?

Oulà, sans doute oui. A vrai dire j’ai probablement cherché une soeur à travers une chérie. Je voulais vraiment vivre un amour fort et je pense que je n’étais pas en mesure de pouvoir le vivre sereinement. Je cherchais énormément la complicité, l’écoute, l’échange, l’entraide. Le dialogue en particulier. Mais j’étais assez exclusif en fait, j’avais peur de l’abandon, donc je tendais à être possessif et jaloux. Mes ex ont été assez compréhensive vis à vis de mon frère, mais c’était pas simple pour elles de comprendre le handicap, ce que ça me faisait. Et savoir comment se comporter et réagir. Elles ont dû voir combien j’étais sensible et torturé par ça. Je n’ai pas eu tant de relations amoureuses que ça, je cherchais à les faire durer donc j’évitais de multiplier les rencontres.

Comment sont les relations entre les différents membres de votre famille aujourd’hui ?

Oh ben avec ma mère j’ai toujours une communication optimale, une complicité mère-fils que beaucoup pourraient m’envier puisqu’elle est capable de comprendre plein de choses, et ouverte d’esprit. Ce n’est pas une mère poule en plus, donc franchement celle-là je la garde^^. Mon père c’est une autre histoire, c’est quelqu’un de distant, de froid, réservé, intimidant etc. Il a lui-même connu une enfance difficile, donc son comportement est explicable. Mais au fond j’avoue ne pas savoir si je l’aime vraiment ou si je le déteste tout simplement. Donc notre relation est complexe, nous avons une complicité sur le cinéma qui est sa passion (qu’il m’a transmise). Mais on a jamais pu communiquer, enfin très peu, même s’il est capable de m’écouter si je lui disais : viens là faut qu’on se parle etc. Il ne va pas chercher à savoir ce que je ressens, ou ce que je vis au fond. Il se limitera au minimum. Exemple il me voit arriver et il commence avec : Alors??? Moi je voudrai entendre alors mon fils, comment vas-tu, qu’est ce que tu as fait de beau? Tu es content de tel truc? Tu as des soucis etc. Bref… Je vous donne un simple aperçu. Les autres membres de ma famille pffffffff on pourrait en parler pendant des heures et je ne veux pas faire un roman. certains sont proche de Thomas, d’autres restent à distance ce que je peux comprendre. Mais bon y a quand même pas à dire ma famille n’est pas vraiment soudée. Ou du moins je ne pense pas qu’on soient si proche que ça les uns des autres. Plutôt différent serait plus exact. Cela dit quelle famille est vraiment soudée et proche.

Comment vos amis réagissent-ils aujourd’hui face au handicap de votre frère/sœur handicapé ?

Ils sont pour la plupart ouverts, même les rares copines que j’ai sont plutôt conscientes de la situation. J’ai beaucoup parlé de ma souffrance vis à vis de mon frère et ça me fait du bien de voir qu’ils ou elles comprennent ce que je ressens. Et quand on en parle, ça peut me faire pleurer, ça peut me rendre nerveux voir agressif mais jamais au point de les battre rassurez-vous. Mais mes mots en revanche sont durs, très durs. Je grossis le tableau en général. De toute façon c’est non négociable, si vous êtes proche de moi, vous entendrez parler de mon frère. Parce que j’ai compris que le dialogue me sauverait la vie. C’est mon entourage qui m’a aidé et soutenu. Sinon je ne sais pas ce que je serais devenu…

Conclusion:

Je pense avoir encore du travail à faire sur ça. Et ma quête actuelle est de rencontrer mes semblables. C’est pour cela que j’ai cherché sur internet et que j’ai trouvé ce site. Merci à toi Florian!!!! Mon témoignage est sombre, et soyez sûr que j’en suis désolé, mais je refusais de mentir et d’enjoliver les choses alors que je penserais l’inverse. J’espère en aider d’autres car j’ai énormément creusé sur la question, le handicap, et surtout sur la psychologie, le travail à faire sur soi. Parfois je me crois être condamné mais c’est un leurre. Il faut croire que l’on peut se libérer de ses démons (je dis ça mais je ne crois pas à l’enfer c’est une image). Moi mon démon intérieur c’est une gars qui a une sale tronche avec un sourire malicieux et qui semble me parler, ou vouloir que je me persuade que mon frère souffre et que je dois souffrir pour lui!!! C’est un genre de plaisir pervers de souffrance en gros. Chacun a plus ou moins matérialisé sa souffrance. La mienne est comme ça, un genre de mec façon mage noir. J’ai conscience du chemin à parcourir, et je continuerai à travailler sur moi-même, et autant que possible si je peux apporter mon soutien aux autres je le ferai vous pouvez compter là-dessus!!!

A bientôt, et ne perdez pas espoir. Je m’adresse à celles et ceux qui se reconnaitrons dans mon témoignage.

Publicités