COLLOQUE LIBERTÉS ET HANDICAPS

Le 26 Mars 2011, l’équipe de l’AFSHM s’est rendue à St-Herblain (44) au colloque « Libertés et Handicaps » organisé par l’Association Grandir d’un Monde à l’Autre.

Vous trouverez ci-dessous un compte-rendu de ce que nous en avons retenu, rédigé avec nos propres mots. Nous rappelons que nous ne sommes pas des professionnels mais des frères et sœurs de personnes handicapées et que ce sujet nous touche donc particulièrement. Bonne lecture.

• 9h : accueil des participants et ouverture officielle du colloque « Libertés et Handicaps »

Cette journée a débutée par le discours de Mr Raballand, président de l’association Grandir d’un monde à l’autre.
Son introduction a été suivie par la présentation des principaux partenaires institutionnels et de leurs différentes actions menées sur le territoire en faveur du « Handicap ».
Dans le discours des collectivités, les personnes en situation de handicap doivent être considérées comme des citoyens à part entière, intégrés dans la société. La solidarité des différentes collectivités territoriales a pour but de limiter les situations de dépendance et d’améliorer le quotidien des personnes handicapées. Ces objectifs sont devenus des axes prioritaires notamment avec l’application de la loi du 11 février 2005 dite de « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ».
Etaient présents :
– Le sénateur Maire de St Herblain, Mr Charles Gauthier, pour qui la Liberté signifie un Droit mais aussi une capacité de faire. Il évoque la charte crée en 2004 concernant la lutte contre les discriminations ainsi que le partenariat existant. Il affirme que le terme de liberté renvoie à du conceptuel
– La conseillère régionale des Pays de la Loire et référente de la commission solidarité-santé-égalité, Mme Hédia Manaï- Bauchet. Actuellement 80 mesures sont déjà prises pour l’égalité des droits et la lutte contre les discriminations. En 2010, un fond régional a été crée et un nouveau plan va être adopté en 2011.
– Le conseiller général de la Loire Atlantique, Mr Bernard Gagnet, qui évoque l’évolution de la place de la personne handicapée dans la société, qui doit être considérée comme une personne différente mais aussi un citoyen à part entière. Elle doit avoir le libre choix pour son projet de vie et participer à la vie quotidienne. Le conseil Général s’engage également à créer des places d’hébergement et à favoriser l’accompagnement pour le maintien à domicile. Les projets de vie des personnes en situation de handicap sont donc divers et variés. Il y a environ 3 millions d’euros de budget pour l’aide à la vie sociale.
– La vice présidente de Nantes Métropôle, également responsable de la commission aménagement et solidarités, Mme Liliane Plantive. Elle évoque la loi du 11 février 2005 en insistant sur le droit à la solidarité dans l’ensemble de la collectivité, et aborde plus précisément la question de l’accessibilité.

9h30-10h45 : Le premier thème abordé est « liberté et identité : une méconnaissance du sujet » présenté et orchestré par Mme Yvette Gautier-Coiffard, médecin.
9h40 : La parole est tout d’abord donnée à Mme Danielle Moyse, philosophe et enseignante de cette matière.

Mme Moyse propose tout d’abord de renommer cette thématique Pour une révolution du regard, titre donné à son dernier ouvrage. Selon elle, il ne faut pas confondre l’« être » et le handicap. Il ne s’agit pas de voir les personnes sous un seul aspect, impliquant un regard figé et les emprisonnant dans une seule image. Selon Sartre, le regard de l’Autre peut être parfois assassin, considéré comme une menace. Le poids du regard de l’Autre peut devenir plus pesant que le handicap lui-même. D’ailleurs elle cite « on ne naît pas handicapé, on le devient par le regard des autres ». La réduction d’un être humain à une seule de ses caractéristiques se veut encore pire pour les personnes handicapées car celles-ci sont résumées au « handicap » avant tout. Les personnes handicapées disent d’ailleurs être plus triste du regard des autres que de leur propre handicap…on parle de « regards assassins ».
Pour comprendre cette approche, elle revient sur l’étymologie de certains termes comme « regarder » qui veut dire respecter, prendre en considération. Mme Moyse nous incite donc à apprendre à regarder. Regarder c’est voir l’invisible, c’est éprouver l’être humain, l’être vivant même…Dans le Petit Prince de St-Exupéry, il est dit : “On ne voit bien qu’avec les yeux du cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.”
Le regard, fasciné par le corps, balaye le fait de voir la personne elle-même ! En fait, le corps empêche les gens d’entrer dans une interaction humaine. L’interdiction de regard renverrait donc a une interdiction d’humanité. « Plus c’est visible, plus on humanise » mais il ne faudrait pas sombrer non plus dans la banalisation. La philosophe conclura son discours en nous citant une personne handicapée de son entourage qui lui disait que pour être mieux regardés, il faut tout d’abord habitué les gens à voir des personnes différentes…hors aujourd’hui, les personnes handicapées sont encore cachées, et peu présentes dans les rues, dans les écoles…
Il est primordial de libérer le regard que nous avons sur les autres afin de libérer ceux qui en souffrent. Estimer quelqu’un il s’élèvera ; le mépriser, il s’abaissera ! Il s’agit d’une sorte de pari sur l’humanité !

10h05 : Mme Elisabeth Zucman, médecin intervenant depuis de nombreuses années auprès de personnes handicapées, prend le relais et nous livre son témoignage en nous interpellant sur la notion d’éthique. Elle a d’ailleurs intitulé son dernier ouvrage Auprès de la personne handicapée – une éthique partagée.

Elle commence par expliquer ce qu’est l’éthique en s’appuyant sur une définition du philosophe LEVINAS. Il s’agirait d’une obligation que l’on se fait à soi même, une construction personnelle et progressive et inconsciente. L’objectif est de demeurer libre en prenant en compte la liberté d’autrui. L’éthique renverrait donc a une liberté partagée, qui nécessite du temps et la connaissance de l’autre.
A quoi sert l’éthique dans l’accompagnement des personnes en situation de handicap ?
Tout d’abord, libérer la personne handicapée, c’est la regarder comme une personne et non comme une déficience… il faut donc changer notre regard !
Aussi, il faut prendre du temps pour connaître cette personne, prendre le temps de l’accompagner dans la vie quotidienne. Les personnes handicapées désirent être reconnu et exister en tant que personnes. Ils pensent très fort aux personnes qui les entourent, qui les aident, et ils attendent qu’on respecte leurs désirs. En outre, les aidants doivent bien comprendre qu’il faut aider sans contraintes, il faut laisser aussi des initiatives aux personnes, même des mini-initiatives à chaque fois que cela est possible, car en faire à la place de l’autre sera vécu pour une agression.
L’intervenante nous parle aussi des familles en rappelant qu’elles aussi ont besoin d’aide pour se libérer. Les professionnels, les institutions doivent partager l’information sur les droits, les devoirs, les traitements etc… Il ne faut surtout pas que les familles s’emprisonnent dans la déficience. Pour les parents, il est primordial de considérer l’enfant comme leur enfant avant de le considérer comme handicapé ou déficient.
Pour conclure sur ce thème, nous retiendrons l’idée que le mot liberté ne devrait plus s’écrire au singulier mais avec un « S » car la liberté ne peut être défendu que si elle est partagée.

10h20 : La parole est donnée au public pour clore ce thème « liberté et identité : une méconnaissance du sujet ».

Une jeune femme pose la question suivante aux intervenantes : comment dépasser les regards négatifs qui engendrent de l’agressivité pour la personne ?

Mme Zucman lui répond que dans ce genre de situations il faut si possible réagir sans agressivité, expliquer le handicap, en parler et partager la compréhension pour que les personnes se libèrent de cette négativité envers les autres. Il s’agit d’un combat permanent et épuisant mais ceux qui nous agressent méritent de comprendre.
Cette réponse très théorique ne paraît pas satisfaire la jeune fille qui suggère qu’on puisse apprendre la Différence pendant l’éducation des enfants. Elle ajoute qu’elle souffre beaucoup d’avoir à se justifier en permanence.
Mme Moyse intervient en disant qu’il y existe d’autres solutions comme par exemple prendre de la distance en conseillant de se rendre insensible et indifférent au regard des autres et que lire des philosophes peut aider à aller dans ce sens. La jeune fille répète qu’elle se sent détruite et exclue. Les intervenantes, un peu décontenancées, lui demande de faire preuve de courage.
Mme Moyse conclut en disant que tout citoyen témoin d’une telle situation devrait la dénoncer car elle reste humainement inacceptable.

10h50-12h00 : Première Table ronde

Le colloque continue avec une table ronde animée par la journaliste Estelle Labarthe-Meyer et composée des trois intervenantes précédentes. Mme Régina Ubanatu, auteur du récent livre La petite fille qui dansait dans sa tête et de M. Paul Samanos, auteur du livre illustré Fauteuil en état de siège, s’invitent aussi au débat. Tous les deux sont des personnes handicapées physiques, en fauteuil. Le thème de la table ronde est : Parcours fléchés ou Parcours choisi ?

Paul Samanos est le premier à prendre la parole et nous indique bien qu’il parlera de son parcours personnel en tant que personne handicapée physique. La réduction de liberté pour lui, ce sont les obstacles matériels, d’accessibilité et le manque de structures adaptées. La liberté n’est malheureusement pas partout, il faut aller la chercher où elle se trouve. Il prend l’exemple de son parcours scolaire. Pour avoir accès à l’éducation comme tout le monde, il a du changer d’établissement et de région à chaque fin de cycle en commençant à Olonne, puis Rennes, puis Bordeaux…car une université proche de chez lui qui n’est pas adaptée aux personnes à mobilité réduite n’a aucun intérêt pour lui. Devoir changer de lieu devient une obligation pour lui s’il veut continuer son parcours. Par la force des choses, il est également obligé de changer d’ambition. Contrairement aux personnes valides qui ont un projet et adaptent des outils pour le mettre en œuvre, lui regarde d’abord les outils qu’il a et adapte ensuite son projet. Au sujet de la liberté, il conclue en nous disant que tout le monde a des contraintes. Les personnes handicapées, elles en ont juste beaucoup plus fréquemment. Il emploie l’expression de « mini-choix ».
On comprendra que pour Paul Samanos, le parcours a été fléché.

La journaliste interroge ensuite Régina Ubanatu. Pour elle, le parcours a été d’abord fléché mais ensuite choisi grâce à sa force de caractère. Elle nous raconte qu’enfant, elle était dans une institution car expatriée de son Afrique natale, elle n’avait pas de famille en France. A la différence du précédent intervenant qui a été victime d’un accident, elle a grandi avec son handicap et dit s’être adapté à toutes les situations sans se poser trop de questions. Elle rejoint cependant Paul Samanos concernant le parcours scolaire où on ne choisit pas son établissement car s’il n’est pas adapté, alors c’est impossible de l’intégrer. A cette période de sa vie, les choix sont limités, la projection est limitée et donc c’est forcément un parcours fléché. Régina Ubanatu a du mal à accepter qu’on fasse des choix pour elle, d’ailleurs elle le refuse purement et simplement. Elle nous informe avec humour qu’elle a toujours saisi l’opportunité du handicap comme une chance, quitte parfois à en abuser. Elle regarde vraiment la vie dans tout ce qu’elle peut lui apporter. Pour elle le cercle familial a sa grande importance dans l’aide à l’acceptation de soi. Paul Samanos réagit en disant que dans une famille armée, qui s’active, sait s’entourer et décèle les bonnes institutions, la personne handicapée a de bonne chance d’arriver à s’accomplir en tant que telle.

Elisabeth Zucman admire la puissance d’adaptation des personnes handicapées en nous rappelant que ceux qui construisent leur existence s’ouvrent aux autres.
La toujours très philosophe Danielle Moyse ajoute que le choix total n’existe pas. On ne choisit pas de naître, et on choisit encore moins de monde dans lequel on vit, nos parents etc… Elle pense que tout un chacun doit trouver un lui-même des ressources intérieures afin de retourner des situations négatives en expériences positives. Elle parle de la force de l’exemple. Il faut comprendre par là que si l’on ne se sent pas capable de faire telle ou telle choses, alors il faut regarder si quelqu’un d’autre l’a déjà fait. Si c’est le cas, alors, cela veut dire que c’est faisable, et par la volonté, on peut y arriver aussi.
Le Docteur Yvette Gautier-Coiffard précise enfin que dès l’enfance, il existe un parcours fléché pour les personnes handicapées et leur famille. « Prenez bien le bon sens de la flèche, sinon c’est foutu » nous dit-elle. Les professionnels sont là pour aider.
En conclusion de ce débat, Régina affirme que « le plus gros du handicap, c’est quand tu le crée ». Le handicap est trop souvent un prétexte pour ne pas faire. Pour Paul, le handicap est environnemental. Selon la situation, l’environnement (mental ou matériel), le handicap se dissout. Tout le monde devrait avoir un rôle dans la réduction des situations du handicap.
Danielle Moyse dit qu’il ne faut pas sur-handicaper les gens ou les situations, et qu’il faut trouver la limite entre l’aide et la substitution.

Pour conclure cette réflexion, nous retiendrons que « tout le monde a un rôle à jouer dans la régression des situations de handicap ».

• 12h30-14h00 : pause déjeuner

A notre table, nous avons discuté avec Martine Leguen, conseillère subdéléguée à la santé et au handicap à la ville d’Indre. Elle a voulu nous faire comprendre que la question de liberté pour les personnes handicapées était surtout une question politique…et qu’elle aurait aimé qu’un chapitre du colloque soit axé là-dessus. Nous sommes plutôt d’accord avec elle. En effet, le pouvoir de changer les choses est dans les mains des politiques. Dans une ville où le maire s’implique et défend le droit à la liberté la plus complète des personnes handicapées, les choses iront plus vite, des budgets seront débloqués plus rapidement pour faciliter l’insertion dans la vie quotidienne, la vie sociale. Dans une municipalité où cela n’est pas forcément une priorité, alors la liberté pour ses gens là sera forcément moindre. Nous comprenons donc que la liberté des personnes handicapées dépend, en grande partie, de la motivation et de l’engagement des personnes qui ont vraiment le pouvoir de changer les choses !

• 14h00-16h00 : le second thème abordé de cette journée s’intitule Liberté, vulnérabilité et citoyenneté : du fragile au possible, l’individuel singulier et le collectif normé. Mr François Besnier, président de l’association Prader Willi est chargé d’animer et organiser cette réflexion.

Il cède la parole à Mr Herve Rihal, professeur de droit public à l’université d’Angers.

Mr Rihal évoque les restrictions liées aux droits fondamentaux et au handicap en citant tout d’abord la loi du 11 février 2005 qui définit le handicap dans toute sa diversité. L’article 2 déclare que « constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou trouble de santé invalidant ».
Les autres textes principaux renvoyant aux droits fondamentaux sont :
– La déclaration des Droits de l’Homme DE 1789 (art. 6)
– Le préambule de la Constitution de 1946
– La chartre de l’environnement, texte à valeur constitutionnelle signé en 2005, consacrant les droits de l’homme et de la société dans son environnement. Un nouveau droit individuel est introduit celui du droit de chacun à vivre dans un environnement équilibré et respectueux de sa santé (art. 1er) ainsi que le principe de précaution (art. 5).
Aujourd’hui le conseil constitutionnel a de plus en plus de missions.
Ensuite Mr Rihal nous parle des libertés individuelles dont les principales sont :
– l’égalité « tous les hommes naissent libres et égaux en Droit »
– la liberté individuelle qui est un droit naturel permettant de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui avec la présomption d’innocence
– et enfin la liberté d’expression : droit à la liberté de communiquer, de penser, de voter
La personne a donc des libertés individuelles mais elles a également des Droits collectifs repris notamment dans le préambule de 1946 et la chartre de l’environnement. La dignité des personnes (c’est-à-dire ce qui n’a pas de prix, qui ne s’achète pas) s’oppose parfois aux libertés individuelles.
Enfin la personne jouit aussi de droits sociaux tels que l’égalité des sexes, le droit d’asile, le droit au travail, depuis 1975 le droit à l’éducation…

Un extrait du film « le jardin d’ombres » de Michel Desjardins, anthropologue canadien nous est diffusé. Il retrace son expérience de vie au quotidien durant deux années avec des personnes déficientes mentales

Cette intervention de Denis Vaginay est nommée « du réel au possible ». Cet invité, psychologue et psychanalyste, est également auteur de l’ouvrage Comprendre la sexualité de la personne déficiente mentale.

La question de la sexualité déjà taboue dans notre société l’est encore plus lorsqu’elle concerne les personnes en situation de handicap. Il nous explique pourtant que, même différents, on peut prétendre au bien commun. Il distingue deux situations. D’un côté, les personnes handicapées physiques peuvent exprimer un désir mais qui rencontrent des problèmes pour le mettre en œuvre. D’un autre côté les personnes handicapées mentales qui peuvent tout à fait mettre en œuvre leur sexualité mais ne savent pas forcément exprimer leur désir.
Avant, parler de sexualité des personnes handicapées était tabou par définition, voire un non-sens…Dans l’imagination commune, la personne handicapée était asexué. Ce n’est que récemment que la dissociation s’est faite. Les lois de 1975, de 2002 et de 2005 revendiquent ainsi la reconnaissance au droit commun. Les personnes handicapées ont droit comme tout le monde à la sexualité et c’est plus ou moins une révolution.
Cependant, il se pose la question des institutions. Pour Denis Vaginay, sur le terrain c’est plus compliqué. Dans les établissements, lorsque le sujet est abordé, on parle souvent de « vie affective et de sexualité ». Cet énoncé ramène à une certaine forme de moralité. En effet, on veut bien parler de sexualité, mais d’abord on parle d’affection, d’amour et même d’hétérosexualité. Il ne faut surtout pas aller à l’encontre de l’idéologie commune, et encore moins dans les foyers où la vie se passe en groupe. Tout cela dérange Denis Vaginay qui en conclue que finalement les personnes n’ont pas la liberté de choisir leur propre conduite.
Il y a aussi la notion de parentalité qui rentre en compte lorsqu’on parle de sexualité. Hors cet aspect là est mis de côté, les établissements ont encore beaucoup de mal. Mais alors, où est la liberté sexuelle si elle est toujours accompagnée que d’une seule et unique manière qui ne gêne personne ? Pire encore, aujourd’hui, dans les institutions, l’incitation à la contraception féminine est tellement forte que les femmes peuvent rarement y échapper. On se demande où est le respect en imposant la contraception forcée aux femmes handicapées. Ceci n’est-il pas un traitement existe ? Comment les responsabiliser dans ce cas ? De plus, ces dernières peuvent donc continuer à être victime d’hommes peu scrupuleux…
La contraception des hommes, par contre, est un sujet contourné car il y a là matière à du concret, à du pratique. Comment mettre un préservatif ? A quoi cela sert-il ? Tout ça nécessite du temps, et du respect… Hors le planning toujours imposé et figé des institutions ne laisse pas de marge de manœuvre pour ces questions là. Mais on peut se poser la question à savoir si c’est irréversible dans l’organisation d’un foyer si Mr X ou Mme Y arrivent en retard à la cantine parce qu’on a pris un peu de temps pour leur expliquer les choses ?
On conclura sur ce thème en disant que la question de la sexualité devrait être prise en compte et réfléchie dans tous les établissements. Les familles quant à elles, sont désarmées face à ce sujet très lourd.

15h40 : Mr Besnier donne la parole à Mr Miguel Benasayag, philosophe, psychanalyste et auteur du livre La fragilité . Ce dernier, avec son franc-parler, nous propose une réflexion portant sur la vulnérabilité et l’autonomie des individus.

Pour lui, la perception du handicap est historiquement confuse. La société cachait les personnes handicapées dans les foyers, les centres adaptés…et les cache encore.
Autrefois, l’homme dit « libre » était celui qui dominait. La personne handicapée elle, renvoyait à la société une réalité qu’elle ne voulait pas voir, une faiblesse.
Aujourd’hui nombreux sont ceux qui perçoivent le futur comme une menace. L’homme a peur de l’avenir, des maladies, de la fragilité qu’il considère comme ses ennemis. Selon Mr Benasayag, on vit dans une société de la peur, marquée par une cassure du lien social. Il schématise et distingue deux catégories de populations : les winners et les loosers. La personne handicapée, au même titre que l’enfant africain cadavérique est vu comme un « looser ».
Aussi, notre société veut à tout prix rendre forts ceux qui sont faibles…mais on ne peut pas séparer le bien du mal, la société est un « tout organique » où l’autre représente une possibilité et le lien social doit l’emporter sur l’individualisme.
Selon sa théorie, il n’existe pas de fort, ni de faible et l’autonomie n’est pas nécessairement une force. Il faut absolument arrêter de dire que quelqu’un est libre parce qu’il domine la nature ou qu’il est autonome parce qu’il est fort. Que veut dire autonomie ? Que veut dire indépendance ?
Une personne handicapée qui a besoin qu’on lui fasse la cuisine, qu’on lui serve de chauffeur parce qu’elle ne sait pas conduire est-elle moins autonome qu’un riche ambassadeur qui lui aussi à son propre cuisiner et son propre chauffeur ?
D’autre part, trop de gens pensent encore que le faible ne doit pas avoir de désirs mais seulement des besoins. Comment quelqu’un qui n’est déjà pas dans la norme (handicapés, toxicomanes, homosexuels…) peut-il en plus avoir des désirs, des envies ? Tout cela paraît honteux mais c’est pourtant encore d’actualité.

Dans sa vision la plus pessimiste, Miguel Benasayag pense que la société actuelle aime à coller des étiquettes, à classifier des populations entières dans le but de créer un modèle unique d’être humain. Les individus sont classifiés et le « constructivisme » occupe une place importante ce qui signifie que l’homme avec son désespoir tend à créer un « homme modulaire ». Le but est de faire disparaître tout ce qui est négatif pour ne conserver que des compétences positives.
Une société où on enlèverait des étiquettes pour en coller d’autres plus normatives. Un bel exemple : on ne parle plus d’enfants « casse-pieds » mais d’hyperactifs.
Cela amène à penser qu’on sait comment améliorer un être humain. Mais ceux qui pensent cela ont tout faux. Le lien social est primordial. Le lien social c’est l’Humanité.
Prenons l’exemple de quelqu’un qui marche lentement. Pourquoi vouloir à tout prix lui apprendre à marcher plus vite ? Pourquoi vouloir une fois de plus effacer sa faiblesse pour l’intégrer dans une normalité ? Non, nous devons plutôt ralentir, nous, notre cadence, marcher moins vite afin qu’il ou elle est l’impression d’avancer au même niveau que tout le monde. C’est ça le lien social !
Cette réflexion sur la vulnérabilité et l’autonomie a apporté un point de vue complémentaire et a mis en exergue la richesse des différences et la complémentarité des hommes.

• 16h00-17h00 : Une seconde table ronde est organisée avec Mr Samuel Landier, élu à la ville de Rezé et les 4 intervenants précédents. Jocelyne Vidard, élue à la ville de St Herblain ne pouvant être présente, s’est faite représentée par Mr Samanos.

Cette table ronde, animée par la journaliste Mme Labarthe-Meyer, aborde à la fois la question des droits fondamentaux, de la vie sexuelle et sociale ainsi que la citoyenneté à part entière.

Mr Landier entame ce débat par une multitude de mots que lui évoque les thèmes de liberté, handicap et citoyenneté. Pour lui, la liberté renvoie plutôt à une lutte, des droits, du respect et l’obligation de dialoguer. Le handicap évoque quant à lui une gêne, une entrave, un empêchement, une complexité, un vécu personnel mais aussi de la diversité et de la singularité.

Selon lui, chacun mérite d’être respecté pour ce qu’il est et les statistiques ont tendance à figer les choses. Il parait essentiel de sensibiliser la population car elle permet l’acceptation de la personne handicapée pour elle-même mais aussi de l’autre.

En parlant de dépendance et d’autonomie, une interaction entre soi et l’autre se crée. Il s’agit de franchir l’indicible pour se comprendre et expliquer les choses simplement.

Enfin si l’on rapproche le concept de liberté avec celui de citoyenneté, émerge alors la notion de parité, de diversité et celle de quota. Il parait essentiel de faire des choix en fonction des compétences de chacun et qu’elles soient complémentaires. La mixité permet de faire attention à ce qui est dit sur les autres et de veiller à leur respect. Les actions doivent être menées avec et pour les citoyens.

Il termine sa déclaration en disant que chacun doit prendre sa place dans la société et conclut sur un jeu de mot « la lutte des places ».

• 17h30 : Conclusion

Nous remercions Olivier Raballand, président de l’association Grandir d’un Monde à l’Autre qui a mis en place ce colloque et qui prend, en dernier, la parole pour synthétiser et conclure sur ce vaste thème.

Vous pouvez vous procurer le DVD de restitution du colloque en cliquant ICI.

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