COLLOQUE FRATRIE ET HANDICAP

Le 28 Mars 2009, L’AFSHM s’est rendue à la Journée  organisée par les associations  » Grandir d’un Monde à l’autre » et « SOS Discrimination » sur le thème de la fratrie et du handicap.

Tout d’abord nous voudrions dire un grand merci à l’association « Grandir d’un Monde à l’autre » pour cette journée riche en informations et en émotions !!! Nous avons appris plein de choses passionnantes ! En voici un compte rendu pour ceux qui n’ont pas eu la chance de pouvoir s’y rendre. 

La journée débute par les discours officiels des partenaires et notamment celui du maire de la ville de Saint-Herblain, du conseiller général et du conseiller régional. Parmi ces discours préliminaires, nous retiendrons aussi celui de M.T. Bonne, adjointe aux affaires du monde du handicap et de l’accessibilité venue de Saint Denis de la Réunion pour l’occasion. Les axes majeurs de sa politique étant  de faire changer le regard des autres sur le handicap et de permettre aux personnes handicapées de trouver leur place dans la société. Vaste programme donc mais qui ne semble pas effrayer cette femme elle-même atteinte d’un handicap physique… 

Quand le handicap se révèle à la famille, avec Brigitte Lamarre Conseillère Nationale de la Politique de la famille à l’APF (l’Association des Paralysés de France). 

 Après avoir présenté l’APF crée en 1933, Brigitte Lamarre brosse un topo de la solidarité nationale en France. Il faut savoir qu’en France la solidarité familiale (composée à 63 % de femmes), vient compléter la solidarité nationale puisque cette dernière ne recouvre pas toutes les ressources. Il faut donc bien que les familles compensent par du temps, de l’argent,… L’APF demande plus d’équité, il est question d’égalité des droits et des chances, de l’accès à tout pour tous. La loi du 11 février 2005 aurait pu rassurer les familles puisqu’elle demandait une obligation d’accompagnement pour les familles. Mais les notions de faute, de culpabilité et de devoir sont le lot de notre culture judéo chrétienne.

« On ne nait pas aidant, on le devient » reprend à l’instar de Simone de Beauvoir le guide de l’APF. Mas selon ce même guide, seuls les professionnels peuvent apporter une aide efficace.

L’APF en relation avec d’autres associations relatives aux personnes handicapées telles que  France Alzheimer, l’UNAFAM (Union Nationale des Amis et Familles des Malades Psychiques) en lien avec COFACE handicap poussent les pouvoirs publics à venir en aide aux familles à travers un soutien moral et psychologique pour tous les membres de la famille. Des services d’écoutes sont mis en place pour les familles. Un besoin d’écoute se fait ressentir. Charles Gordon, professeur à l’université explique dans son ouvrage Silenceet contrechant qu’« on apprend à vivre sans en parler ». « Les frères et les sœurs de personnes handicapées se sentent exclus du monde des valides et se sentent plus à l’aise avec les personnes handicapées », selon une remarque du pédopsychiatre Marcel Rufo. Les parents ont moins de temps à consacrer à leur enfant valide, ils veulent en faire un parent (de manière inconsciente). L’enfant valide est responsabilisé et en même temps valorisé par ses parents. L’enfant évolue entre trois paramètres :

–          la tache qui lui incombe lui semble insurmontable

–          il a le désir d’être efficace

–          il a le devoir d’être transparent

 Brigitte Lamarre a pu nous faire part de son expérience de sœur de personne handicapée puis de mère de personne handicapée. Elle dit avoir eue une vie de sacrifices et d’abnégations, elle a le sentiment d’avoir vécu en marge, différemment. Lorsqu’elle se pose la question de sa place dans la famille elle pense à la chanson de Maxime Leforestier  Mon frère. Elle dit se reconnaitre parfaitement dans cette chanson en changeant quelques petits détails. Ses parents étaient moins disponibles pour elle, elle lançait des appels de détresse  du type « je n’ai pas demandé à vivre,… » mais s’en suivait des réprimandes. Pour faire face à ces évènements, elle s’est révoltée, elle ne jugeait pas normal de se priver d’un accès au monde ordinaire. Elle n’était pas jalouse de son frère handicapé mais souhaitait être malade pour recevoir plus d’attention de la part de ses parents. Elle était partagée entre la peur d’être comme son frère et la culpabilité.

Brigitte Lamarre pose ensuite plusieurs questions du type : « Peut-on parler de résilience ? Comment trouver sa place ? Comment prendre confiance en soi ? Comment vivre avec un sentiment de différence  vis-à-vis des autres ? Sommes nous les oubliés des histoires familiales ? »

Lorsque Brigitte Lamarre se souvient de son enfance elle parle d’un sentiment de rejet, de mise à distance. Elle se souvient du devoir de ne pas gêner. Très tôt (à 5ans) ses parents l’envoient en colonie de vacances et elle le ne supporte pas. Ensuite ils l’envoient en vacances faire du ski avec son frère. Elle a alors le sentiment de ne pas être aimée. Elle ressent le poids du devoir dans cette société judéo-chrétienne et en particulier des devoirs envers son frère. Elle a peur d’inviter des amis chez elle. Afin de s’éloigner de sa famille elle part faire des études de psychomotricité. Finalement elle devient infirmière pour suivre le désir de sa mère, bien qu’elle ne supporte pas la souffrance des autres. Elle va ensuite faire une dépression avec un réel désir de mort. Face à ses parents ayant un enfant handicapé, elle se trouve au fond d’un gouffre, et personne n’a voulu voir sa souffrance.

Elle dit s’être souvent révoltée mais aussi s’être souvent pliée aux volontés de ses proches. Elle incarne celle qui s’occupe des problèmes de la famille, la seule à pouvoir gérer ces problèmes « parait-il ». Elle se demande alors si ses frères et sœurs savent se protéger.

Lorsqu’elle devient mère, Brigitte Lamarre donne naissance à un fils handicapé

Brigitte Lamarre conclue son intervention en expliquant qu’il s’agit là de situations dont on ne sort pas indemne. Elle espère pouvoir et avoir pu protéger ses filles, les valoriser pour éviter de commettre les mêmes erreurs que ses parents. Mais lorsqu’elle parle de son époux, elle n’hésite pas à pointer du doigt ses maladresses quand il dit à sa deuxième fille «  tu dois bien travailler à l’école, être là pour ton frère quand on ne sera plus là. »

6 ans après le décès de son frère elle pleure toujours sa vie de galère et dit « ce n’était pas une personne mais un handicap »

Le lien fraternel à l’épreuve du handicapavec Hervé Dalibert, formateur en école au travail social. Hervé Dalibert commence son intervention par une anecdote d’Hérodote afin de rappeler le singulier et le fondamental du lien fraternel.  L’histoire est la suivante : une femme trouve son mari, son frère et ses fils enfermés par un roi. Il lui demande de choisir celui qu’elle souhaite sauver, les autres seront tués. Elle choisi son  frère en disant que des maris elle peut en avoir d’autres, des enfants aussi, mais pas un autre frère.

Hervé Dalibert continue en expliquant le lien fraternel du point de vue biologique. Les frères et sœurs naissent d’une même matrice, ils ont des signe extérieurs communs (des traits de caractère, une ressemblance physique,…). Ils partagent un même lien social et culturel avec des avantages et des privilèges, des charges et des devoirs.

Selon Pierre Bourdieu la fraternité est le prolongement des mutations familiales. Jusqu’au 19ème siècle les fratries étaient nombreuses, les parents avaient beaucoup d’enfants pour espérer en garder quelques uns à cause de la mortalité infantile élevée. De nos jours, les parents ont moins d’enfants puisque les naissances sont contrôlées, ce qui a permis de changer les relations au sein des familles. Les écarts des âges entre les frères et les sœurs ont diminué. Les enfants sont moins nombreux mais plus proches.

Le lien fraternel joue un rôle dans la construction de l’individu et marque la destinée de l’adulte.

Le traumatisme du handicap : il est double puisqu’il affecte la souffrance des frères et des sœurs mais aussi celle des parents. Lors de la découverte du handicap, le désarroi des parents se répercute sur le climat familial. Il reste une question confuse pour les frères et sœurs car dans le cas avéré on se défend de nommer précisément les choses par peur de figer une situation dont on espère une évolution. Le handicap est intemporel et possède des représentations de toutes sortes. L’entourage exprime du rejet face à cette « étrangeté ». Le handicap est différent de la maladie de par sa pérennité. Son caractère irréversible est facteur de rupture puisqu’il casse une construction familiale préétablie. Il s’agit d’une situation inédite jusqu’alors. La rupture est à la fois familiale et sociale.

La rupture familiale se manifeste à travers un délitement progressif des liens familiaux. Les relations avec les oncles et tantes, les cousins et les cousines sont délitées. Les acteurs éprouvent un malaise certain à composer avec un réel dont ils ignorent tout. Un changement de position s’opère avec un recentrage de ses membres sur le noyau familial. Par exemple un ainé handicapé verra sa place assurée par un puiné. Pour le cas où l’ainé est valide, il passera au second plan. La modification familiale profonde se manifestera dans le fait que la famille se mobilise autour de la sœur ou du frère handicapé. La responsabilisation précoce des puinés est assumée au prix d’une abnégation. Certains disent en profiter puisque cela leur laisse plus de liberté, d’autres disent en souffrir, mais dans tous les cas les enfants n’incriminent jamais leurs parents.

La rupture sociale : la fratrie est confondue dans le regard sociétal porté sur le handicap. A l’école, au collège, par prudence les puinés dissimulent l’existence du frère ou de la sœur handicapé-e. Parfois la présence du handicap exige le déracinement de la famille. De manière générale, le handicap incite à la réserve, à la discrétion. Il s’agit alors de cotoyer deux mondes : le monde ordinaire et le monde du handicap. Le frère ou la sœur est entrainé par le handicap du germain. Le problème du regard des autres se pose. Le handicap pousse sur la scène sociale ceux qui en sont proches. Le regard de la rue  englobe le frère ou la sœur non handicapé-e et aboutit à la stigmatisation de la différentiation de leur germain. Les frères et sœurs non handicapé-e-s se trouvent dans l’impossibilité de rationaliser la situation et la rupture entre les deux mondes se fait ressentir. Les frères et sœurs ont le sentiment d’une identité particulière à travers la culture d’un entre soi. L’apprentissage de la différence a valeur de référence. Il faut savoir qu’à long terme le sentiment amoureux ne résiste pas au sentiment fraternel.

L’héritage à venir  Les capacités des parents mobilisent d’autres qualités quand il s’agit d’un jeune adulte puis d’un adulte vieillissant. Pour les frères et les sœurs ce n’est pas une tâche qui entre dans leurs prérogatives. Rien ne prédispose les frères et sœurs à ces prérogatives puisqu’elles sont parentales. Les frères et les sœurs entrent alors dans une position qui n’est pas la leur. Peut-on rester le frère ou la sœur en en étant responsable ? est une question qui se pose. Il s’agit de quitter une position horizontale pour une position verticale. La gestion de l’argent peut devenir un motif de friction. Le frère ou la sœur devient l’arbitre des choix de son germain. C’est un nouvel héritage qui appartient au frère ou la sœur de retenir, personne ne l’a refusé mais toutes les manières d’agir sont différentes.  Hervé Dalibert conclut son exposé par une citation de la Bible où Dieu demande à Cain où est Abel, et Cain lui répond « je ne sais pas je suis son frère ».

Frères sœurs face aux troubles psychotiques avec Hélène Davitan, psychologue à l’UNAFAM Nationale, chargée du développement de l’aide aux familles. A partie d’une enquête de l’UNAFAM (Unité Nationale des Amis et Familles des Malades Psychiques) menée auprès de 600 frères et soeurs de personnes psychotiques, Hélène Davitan propose des pistes pour  une meilleure prise en compte des frères et soeurs.

Les malades souffrants de troubles psychotiques sont pour la plupart des schizophrènes. Contrairement aux autres handicaps, les maladies psychotiques  ne sont pas prévisibles.

Plus d’un tiers des personnes n’arrivent pas à nommer la maladie de leur frère ou de leur sœur.  Il y a 20/30 ans les soins étaient donnés à l’hôpital alors qu’aujourd’hui ils sont donnés dans les familles. Il y a un désengagement certain de l’état dans la prise en charge des malades.

Ce handicap n’a pas de marqueur corporel à tel point qu’on ne peut pas distinguer dans la fratrie qui est la personne handicapée. Le plus souvent les frères et sœurs apprennent le handicap en fouillant dans les médicaments et finissent par trouver des neuroleptiques. Ils ne possèdent aucune information. Une réflexion peut être menée par rapport à cela.

Les frères et sœurs connaissent trois périodes de grande vulnérabilité.

1-      L’apparition de la maladie

Lorsque l’énergie des parents est focalisée sur l’enfant handicapé, lorsque le frère ou la sœur se pose des questions sur son identité et que ces questions sont réactivées par l’apparition de la maladie. Le frère ou la sœur vit dans une extrême solitude dans une famille qui elle-même s’isole. Aucune pitié  ni aucune compassion n’est éprouvée de la par de l’entourage, au contraire, il s’agit plutôt de rejet et de critiques. Les frères ou les sœurs éprouvent un grand délaissement de fait.

2-      L’héritage de la prise en charge de la personne malade

« Mes parents sont au front et moi je suis réserviste » dit un frère de personne handicapée. Les projets d’avenir de la personne handicapée impliquent les frères ou les sœurs implicitement. Les parents n’ont pas le choix.

3-      Les enfants des frères et sœurs atteignent l’âge de la personne malade au début de sa maladie.

Viennent alors les questions du type : « vais-je transmettre la maladie à mes enfants ? », « pourquoi moi et pas lui/elle ? »  Plus d’un tiers des frères et sœurs disent qu’ils n’auront pas d’enfants à cause de la maladie de leur frère/sœur.

En ce qui concerne les relations avec les soignants une sœur faisait remarquer : « on existe que quand on a besoin de nous ». Plus ils sont jeunes, moins ils sont reçus par les soignants.  Plus on intègre les frères et les sœurs, plus les frères et les sœurs poussent à l’innovation.  L’exposition à l’étrange se manifeste par de l’angoisse, un embarras cognitif, des doutes sur leurs propres perceptions.

L’imprévisibilité de la maladie provoque chez eux un sentiment d’effraction. Ils doivent faire preuve d’hyper vigilance.

Il y a trois domaines auxquels les frères et sœurs doivent faire face :

Tour d’abord la prise de distance.

Niveau 1 Faire face : avec une prise de distance temporaire et concertée.

Niveau 2 Dans l’impasse : avec une prise de distance radicale et sans concertation. «  C’était lui/elle ou moi »

Niveau 3 Danger : L’isolement. Ils peuvent alors produire leur symptôme ou en développer d’autres. Cela n’a rien à voir avec l’abandon ou le désintérêt du frère ou de la sœur malade. Le frère ou la sœur n’a plus de contact avec sa famille : « J’ai laissé ma famille à mon frère. Il a une famille, moi je n’en ai plus.»

Puis la prise de risque 

Niveau 1 Faire face : la prise de risque est maitrisée.

Niveau 2 Dans l’impasse : la prise de risque est excessive et non maitrisée

Niveau 3 Danger : le frère /la sœur tombe dans la dépendance, l’addiction.

La prise de risque peut être par exemple de partir en voyage dans des conditions extrêmes, de réaliser des missions humanitaires, de faire partie de groupes marginaux (gothiques,…). Si la prise de risque est excessive, ils n’en reviennent pas. Quand ils s’en sortent indemnes, ils sont prêts à s’approcher de la sœur ou du frère handicapé sans avoir peur de leur vulnérabilité.

Enfin le repli sur soi 

Niveau 1 Faire face : avec un questionnement sur leur propre santé mentale

Niveau 2 Dans l’impasse : où ils font preuve d’hyper normalité

Niveau 3 Danger : ils développent des symptômes schizophréniformes par mimétisme.

Pour ce qui concerne le travail avec les frères et sœurs il faut d’abord se dire que ce n’est pas une population à risque mais une situation qui est à risque. Il faut également reconnaître ce qu’ils vivent. Mais aussi les aider à envisager que leur destin peut être différent de celui de leur frère ou de leur sœur sans pour autant lui être indifférent. Le frère ou la sœur est «  cet autre qui aurait pu être moi »

Paroles de Frères et Sœurs avec Anne Poiré, Marc Voisin, Elisabeth Sourdillat-Wiet, Isabelle de Carheilx.

Pour information, à l’UNAFAM de Nantes il existe un espace des frères et sœurs où il est possible de parler avec un psychologue.

Nous avons ensuite visionné le film Mon petit Frère de la lune réalisé par Frédéric Philibert et Anne Dupoizat. Voici le lien qui vous permettra de le visionner.

www.blogfondation.orange.com/index.php?post/2008/04/22/Mon-petit-frere-de-la-lune-par-Frederic-Philibert .

Puis un tour de table où les différentes personnes invitées ont pris la parole.

Marc Voisin prend la parole pour nous présenter l’ASFHA : l’Association  des Sœurs et Frères de personnes Handicapées. Son association se tourne vers les plus jeunes car les personnes handicapées ne sont pas si admises que cela dans notre société. L’ASFHA organise La journée de Manon. C’est une journée de rencontre réservée aux frères et aux sœurs, les parents sont interdits. Il souligne le problème du vieillissement des personnes handicapées et explique qu’avec les pouvoirs publics actuels, les perspectives d’avenir ne sont pas très réjouissantes.

 Isabelle de Carheilx  a vécu avec frère devenu schizophrène à 23 ans. Elle insiste sur le fait qu’il faut « le dire simplement », que « ce n’est pas un problème ». Il faut en parler à l’intérieur de la famille

Elisabeth Sourdillat Weith a eu le sentiment d’avoir été un aidant qui doit se cacher. Elle explique qu’il faut transformer la souffrance en une énergie positive.

Anne Poiré souligne alors que le handicap mental est très différent d’un accident de voiture car pour ce denier la famille inspire la compassion d’autrui. Pour la psychiatrie elle inspire du rejet, de la peur, … Elle donne l’exemple des moments où l’on rencontre des amis qui demandent des nouvelles de la famille. Deux attitudes sont fréquentes : soit ils ne demandent des nouvelles que du frère ou de la sœur handicapé-e, soit c’est la personne de la famille qu’ils ne mentionnent pas et ils ne parlent que des autres.

Ensuite on entend des « invités virtuels » : une bande son est enregistrée avec des témoignages de frères et de sœurs de personnes handicapées.

Les thèmes les plus fréquemment évoqués sont :

–          se défendre à l’école devant le regard des autres

–          ça n’est pas facile à vire

–          il ne faut pas poser de problème aux parents

–          les rôles dans la famille sont modifiés

En conclusion de cette intervention des « invités virtuels » il est dit qu’il faut intégrer les enfants de la fratrie et leur parler du handicap.

Marc Voisin intervient pour préciser que le choix du conjoint est important. Il est plus sain de choisir un conjoint ou une conjointe qui ne soit pas du même problème, car la personne choisie saura dire les choses à la sœur ou au frère handicapé-e.

Projection du film Mon frère, ma sœur et… le handicaréalisé par Rémy Viville et Olivier Raballand.

Le film est recueil de témoignages de frères et de sœurs de personnes handicapées, ainsi que la personne handicapée. Il montre les relations dans les familles et les relations à l’extérieur.

Et à l’avenir… Présenté par Régine Scelles psychologue et professeure à l’université

Il existe aussi une maltraitance des frères et sœurs handicapé-e-s par leurs pairs et vice versa. Il y a des difficultés de la personne handicapée à penser comme fratrie. Par exemple Régine Scelles a déjà entendu chez ses patients « J’ai 3 enfants et un enfant handicapé ».

Les enfants ne parlent pas du handicap entre eux, ils en parlent seulement en devenant adultes. C’est une vraie souffrance pour l’enfant handicapé.

La fratrie est l’outil d’apprentissage de la vie sociale (avec de la rivalité, de la complicité,…) Si l’enfant handicapé  a deux mère mais pas de sœur il aura des difficultés à gérer ses liens avec ses pairs handicapés.

Tout enfant ayant des parents en souffrance oublie sa souffrance pour aider ses parents. La personne handicapée passe par des deuils successifs. Il doit trouver des gens pour en parler. Les frères  et les sœurs sont les objets vivants de ces deuils à faire. L’enfant handicapé est mort de jalousie face à ses frères sœurs. La fratrie est le lieu de réactivation des deuils. La personne handicapée se regarde dans le regard de ses frères et sœurs. Les frères et sœurs sont des pôles d’identification.

1-      l’annonce

Il faut parler avec son frère ou sa sœur de sa pathologie. Quand on apprend la maladie tous doivent savoir.

2-      l’intégration scolaire

L’entrée dans l’établissement  montre que les chemins ne seront pas les mêmes.

3-      l’adolescence

Le groupe de pairs est très important. Les frères et sœurs ont un intérêt à ce que l’enfant handicapé puisse avoir une adolescence. Il ne sera pas collé aux parents et aura des amis.

4-      le moment de choisir une profession

« Toi tu peux choisir ton métier mais moi ? »

5-      le couple

La personne handicapée se demande à quoi elle devra renoncer. La naissance d’un enfant réactive les difficultés chez la personne handicapée. La mort des parents aussi.

Le frère ou la sœur de la personne handicapée ne peut pas pour autant se priver de faire ses choix car même si il ou elle n’a pas d’enfant c’est comme s’il était dit «  je n’en fait pas mais si je veux je peux en faire alors que toi non. »

Il ne faut jamais rien faire pour la personne handicapée sans s’adresser à elle. La plupart du temps la dernière personne à qui on s’adresse pour parler de la tutelle c’est la personne handicapée. Les frères et sœurs ont la possibilité de décider de la position à prendre par rapport  à la personne handicapée et à la personne handicapée de se sentir le frère ou la sœur.

Les personnes handicapées doivent être informées pour une relation égalitaire avec ses frères et sœurs. Les frères et sœurs sont aussi en manque d’information. La communication intra familiale doit se maintenir.

La question des conjoints est importante. Tout sujet choisi son conjoint, son travail en fonction de ce qu’il a vécu dans la fratrie. Avec le handicap l’influence est très importante.

Il a été remarqué que pour que les enfants d’un fratrie parlent entre eux du handicap, les parents doivent en donner l’autorisation.

La difficulté des professionnels et des parents est de trouver une modalité pour la fratrie d’être ensemble. Les frères et sœur handicapé-e-s se plaignent de l’ingérence des parents dans les relations entre les enfants. Les parents ont peur qu’entre les enfants ça ne se passe pas bien. Ils pensent que les enfants vont vivre le  handicap comme eux le vivent. Les enfants doivent construire l’être entre eux, l’ être ensemble et le handicap

La question de la loi avec Alain Dumesnil, avocat au barreau de Versailles, spécialiste en droit social.

Avant 2006 : Le code civil interdisait aux parents et aux enfants de conclure des dispositions postérieures au décès des parents.

La loi du 23/06/2006, applicable depuis le 1er janvier 2007, a sensiblement modifié ses règles en autorisant le mandat posthume et le pacte sur succession future. 

Le mandat posthume vous permet ,de votre vivant, de désigner un mandataire avec mission d’assurer votre protection personnelle et, à votre décès, d’administrer et gérer tout ou partie du patrimoine successoral, notamment lorsque les héritiers ne sont pas en mesure de le faire (enfants mineurs ou handicapés).

 Le mandat sera valable s’il est justifié pendant toute sa durée par un intérêt sérieux et légitime au regard de la personne de l’héritier ou du patrimoine successoral. Un décret et un arrêté du 30 novembre 2007 ont fixé le modèle du mandat. Les mandats qui auraient été établis avant le 1er janvier 2009 ne prennent effet qu’à compter de cette date, même si le mandant a perdu ses facultés avant cette date.

Le mandat n’a pas pour effet de vous faire perdre vos droits et votre capacité juridique : il s’agit en fait d’une procuration argie qui permet à votre mandataire d’agir à votre place et en votre nom dans votre intérêt. Elle évite aussi de mettre en place une mesure judiciaire de tutelle ou de curatelle…. »

 Qu’en est-il du pacte sur succession future ? 

Auparavant, pour avantager un enfant handicapé par exemple, il fallait espérer que les frères et sœurs de celui-ci renoncent à la succession après le décès. Les donations, ne pouvant pas porter atteinte à la réserve héréditaire des autres enfants, devaient en effet être rapportées à la succession, et être réduites si besoin, pour préserver l’égalité des droits entre les enfants.

Désormais, un enfant pourra renoncer volontairement du vivant de ses parents à ses droits dans la succession, au profit d’une sœur ou d’un frère handicapé. L’héritier peut ainsi renoncer par avance à exercer une action en réduction contre un legs ou une donation qui porterait atteinte à sa part de réserve héréditaire. Cette renonciation anticipée sera recueillie dans un pacte sur succession future ou pacte successoral, qui précisera si l’héritier renonce à l’intégralité ou à une partie de ses droits, et au profit de qui il renonce.

Ce pacte fera l’objet d’un acte notarié (le renonçant signera seul cet acte, devant 2 notaires) qui précisera la libéralité sur laquelle porte la renonciation et la personne à qui elle profite… »

Olivier Raballand a conclu la journée avec l’image d’une onde de choc : l’onde de choc du handicap se répercute sur toute la famille.

C’est pas parce qu’on ne pose pas de problème qu’on n’a pas de problèmes.

C’est pas parce qu’on a des problèmes qu’on n’a que des problèmes

Le handicap est aussi un enrichissement, ainsi que du bonheur…

L’image renvoyée du handicap à la télévision est celle soit du surdoué soit de la souffrance, de la douleur. Il faut que ça soit sensationnel alors que la grande majorité des familles se situe entre les deux.

On retrouve chez les frères et sœurs des personnes handicapées une recherche de normalité, une volonté de trouver d’autres frères et sœurs  pour s’assurer qu’on est normaux.

Cette journée  est un appel envers tous les frères et sœurs pour les faire sortir du silence. Face au manque d’espace, de communication il faut être innovant sur la question du handicap.

Vous pouvez vous procurer le DVD de restitution du colloque en cliquant ICI.

Publicités