LAURIE

LAURIE

 » Je ressens des tas de sentiments contradictoires : l’envie de m’éloigner de ma famille parfois pour souffler, car je sais que le futur de ma sœur pèse sur mes épaules, et à la fois, je me dois d’être à la hauteur pour elle et mes parents …. Je pense que ce comportement se justifie car je sais que mon avenir est dédié à ma sœur, alors je tente de profiter aujourd’hui car mes parents sont là pour s’occuper d’elle. Mais quoiqu’il en soit, nous nous aimons plus que tout et dès que nous nous voyons, nous redevenons très complices. « 

Qui êtes-vous ?

J’ai 23 ans et je suis community manager.

Comment se compose votre fratrie ?

J’ai une grande sœur de 7 ans mon ainée.

Quelles sont les relations entre les différents membres de votre famille : entre vos parents et votre pair atteint d’un handicap, puis entre vous et vos parents ?

Pour résumer les relations entre ma sœur et moi, c’est assez simple : j’ai pris peu à peu la place de la grande sœur, même si je suis plus petite de 7 ans. Elle a toujours copié mes jeux, mes goûts musicaux, ma façon de m’habiller. J’ai su très vite, comme elle m’imitait, que je devais montrer le bon exemple et l’aider à s’épanouir. À 31 ans, elle me remet parfois à ma place en m’appelant volontairement « ma petite sœur ». On dira que je suis la petite ou la grande quand ça l’arrange ! Mes parents ont toujours tenté de nous consacrer le même temps à toutes les deux. Bien évidemment, quand j’ai compris la situation de ma sœur, j’ai vite été autonome (faire les devoirs seule, apprendre à s’habiller seule, se préparer seule, à s’occuper, …) ce qui a permis à mes parents de se concentrer sur ma sœur. Je n’ai jamais voulu être un poids en plus pour mes parents. Je pense que nous, frères et sœurs de personnes handicapées, nous tentons de faire le moins de vague possible pour nos parents. Mes parents ont toujours essayé de faire faire à ma sœur un maximum d’activités comme n’importe quel enfant. Aujourd’hui, malgré son handicap, ma sœur fait de l’équitation, du vélo, du judo, de la piscine, de la peinture et s’exprime très bien … Même si elle ne sait pas lire (refus d’une maitresse de primaire d’apprendre à lire à ma sœur…), elle fait un tas de choses grâce également au centre que mes parents ont trouvé. Je suis si fière d’eux et ce sont des exemples à suivre. Du côté de la famille de ma mère l’annonce du handicap a été très difficile à gérer, car considéré comme un malheur. Il faut dire qu’en 1981, on ne parlait pas vraiment du handicap … Aujourd’hui tout se passe bien, tout le monde s’est adapté et plus personne ne fait attention au handicap de ma sœur. Elle est une personne comme une autre dans une famille. Du côté de mon père, c’était assez compliqué avec mes grands-parents qui ne comprenaient pas le handicap et ont développé parfois une peur de ma sœur… Je pense que les années qui s’écoulent aident à accepter la différence, cela se vérifie avant tout dans ma famille et tant mieux !

Quelles relations entreteniez-vous avec votre frère/sœur ayant un handicap pendant l’enfance ?

J’ai très mal vécu mon CP car c’est là où les premières remarques faites par des camarades méchants m’ont atteinte. Je n’allais plus en récréation et j’ai commencé à poser un tas de questions à mes parents. J’ai toujours eu une relation sœur/sœur avec ma sœur, j’ai joué et me suis disputée avec elle comme n’importe quelle petite sœur qui joue avec sa grande sœur. J’ai une vraie et banale relation. Je lui ai toujours parlé normalement comme mes parents le faisaient et le font. Je pense que c’est cela qui permet qu’aujourd’hui que ma sœur comprend et parle de tout. J’ai appris à me blinder depuis toute petite contre les autres, leurs regards et leurs remarques et j’en suis fière, je suis forte aujourd’hui ! Je n’ai jamais été jalouse de toute l’attention que ma sœur bénéficiait, c’était normal pour moi. Moi, je me faisais remarquer grâce à mon humour. J’ai très vite été mature, je pense que c’est le cas pour la plupart des frères et sœurs de personnes handicapées mentales. Je suis devenue aussi très vite indépendante pour faciliter la vie à la maison et pour montrer à mes parents que je pouvais assumer des responsabilités qui dépassaient mon âge. Je voulais que mes parents se disent que je pouvais aussi les aider. J’ai poussé ma sœur à faire des tas de choses, encore aujourd’hui ! Et ça lui réussit !

Votre entourage connaissait-il votre frère/sœur ? Si non, pourquoi ?

J’ai toujours annoncé dès le début à mes ami(e)s ou connaissances que j’avais une grande sœur handicapée mentale. Je n’ai pas peur de ces mots car ils font partie de ma vie. Je n’ai jamais eu honte de ma sœur ou de la présenter. En revanche, j’ai eu parfois honte du comportement de certaines personnes avec elle. Pourquoi avoir honte de la plus grande richesse dans sa vie ?

La présence d’un pair portant un handicap dans votre fratrie a-t-elle influencé votre vie professionnelle ?

Non, elle n’a pas influencé mon choix professionnel. Etant petite, j’ai songé devenir éducatrice spécialisée puis j’y ai renoncé car je voulais faire un choix pour moi. Je sais juste que je ne pourrai pas m’éloigner de la ville où nous sommes pour m’occuper d’elle plus tard.

La présence d’un pair touché par le handicap dans votre fratrie a-t-elle eu des répercussions sur votre vie amoureuse ? Si oui, comment ?

Oui, elle en a. Forcément je ne peux pas être avec quelqu’un qui a peur du handicap, donc de ma sœur … Ma sœur fait partie de moi et si le courant ne passe pas avec elle, c’est avec moi qu’il ne passe pas non plus. Heureusement jusque-là, j’ai rencontré des garçons avec qui tout se passait bien. Ma sœur a un copain, j’en ai un, ils se connaissent, tout est normal !

Comment sont vos relations avec votre frère/sœur en situation de handicap aujourd’hui ?

Mes relations avec ma sœur évoluent aussi avec mon âge. En vivant chez mes parents, j’étais à la fois une sœur très protectrice et à la fois je poussais ma sœur à faire des choses qui sont difficiles pour elle, contrairement à mes parents qui la « chouchoute » trop. J’essayais de la voir comme une personne de 31 ans pour la rendre un maximum autonome (dans les limites qui sont les siennes) et je crois que c’est ce qu’elle apprécie. Je peux parfois paraitre dur, mais au fond, dès qu’elle réalise le moindre petit exploit, je fonds en larmes. Nous sommes très proches et très complices. Aujourd’hui, j’ai quitté le foyer parental pour me mettre en appartement avec mon copain et parfois je culpabilise de ne pas être une bonne sœur car je la vois moins… Je ressens des tas de sentiments contradictoires : l’envie de m’éloigner de ma famille parfois pour souffler, car je sais que le futur de ma sœur pèse sur mes épaules, et à la fois, je me dois d’être à la hauteur pour elle et mes parents …. Je pense que ce comportement se justifie car je sais que mon avenir est dédié à ma sœur, alors je tente de profiter aujourd’hui car mes parents sont là pour s’occuper d’elle. Mais quoiqu’il en soit, nous nous aimons plus que tout et dès que nous nous voyons, nous redevenons très complices.

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